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17 février 2013 7 17 /02 /février /2013 17:43

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La revendication des nationalisations est réapparue récemment comme une réponse économique et politique aux suppressions d’emplois dues aux fermetures d’entreprises et aux restructurations provoquées par la crise profonde et prolongée du système capitaliste de production.

Réapparue, car cette question n’est pas nouvelle. Elle accompagne en effet tous les débats politiques au sein du mouvement ouvrier depuis le 19 ème siècle, dès lors que s’est posée la question : comment amener la masse des ouvriers à la nécessité de la révolution socialiste alors que leur conscience de classe n’est pas parvenue à ce stade.

Aujourd’hui, comment amener les ouvriers à cette conscience, alors que leurs formes d’action et d’organisation sont encore au niveau de la lutte défensive pour garder leur emploi, sauver leur entreprise, c’est-à-dire  leur statut de salariés exploités ? Autrement dit, par quel mot d’ordre  (ou revendication) transitoire, réalisable sans remettre en cause le système bourgeois, la classe ouvrière pourra-t-elle prendre conscience de la nécessité du reversement révolutionnaire du capitalisme ?

La nationalisation est la réponse  que donnent certains syndicalistes, et certains courants ou organisations politiques qui se réclament du marxisme révolutionnaire voire du marxisme léninisme.

Le ROCML n’est pas d’accord avec ce mot d’ordre. Pour des raisons théoriques, historiques, et fondées sur le caractère de la situation socio-politique actuelle.

 

LA THEORIE

 

Elle est connue de tous les marxistes qui ont lu les « classiques ». Aucun marxiste révolutionnaire ne les conteste, mais il n’est pas inutile de les rappeler. Analysant l’évolution du capitalisme de libre concurrence en capitalisme monopoliste, Engels envisage comme une nécessité le passage du monopole privé en propriété capitaliste d’Etat.

« La nécessité de la transformation en propriété d’Etat apparaît d’abord dans les grands organismes de communication : postes, télégraphes, chemins de fer.(…)

Mais ni la transformation en sociétés par actions, ni la propriété d’Etat ne supprime la qualité de capital des forces productives. Et l’Etat moderne n’est à son tour que l’organisation de la société bourgeoise se donne pour maintenir les conditions extérieures générales du mode de production capitaliste contre les empiètements venant des ouvriers comme des capitalistes isolés. .L’ Etat moderne, quel qu’en soit sa forme, est une machine capitaliste, : l’Etat des capitalistes, le capitaliste collectif en idée. Plus il fait passer les forces productives dans sa propriété, et plus il devient capitaliste collectif en fait, plus il exploite de citoyens. Les ouvriers restent des salariés, des prolétaires. Le rapport capitaliste n’est pas supprimé, il est au contraire poussé à son comble. Mais arrivé à ce comble, il se renverse. La propriété d’Etat sur les forces productives n’est pas la solution du conflit, mais elle renferme en elle le moyen formel, la façon d’accrocher la solution.

Cette solution peut consister seulement dans le fait que la nature sociale des forces productives modernes est effectivement reconnue, que donc le mode de production, d’appropriation et d’échange est mis en harmonie avec le caractère social des moyens de production. Et cela ne peut se produire que si la société prend possession directement et sans détours des forces productives qui sont devenues trop grandes pour toute autre direction que la sienne.»

La nationalisation des monopoles n’est donc en rien en contradiction avec la société capitaliste et ses lois économiques. Elle en est au contraire l’aboutissement logique, la phase ultime.

 

 

Dans l’impérialisme stade suprême, Lénine développe cette thèse en expliquant que le capitalisme monopoliste d’Etat est le stade suprême du capitalisme et constitue l’antichambre du socialisme, qu’aucune autre étape ne saurait séparer du socialisme. La solution du passage de l’un à l’autre étant la révolution prolétarienne, la conquête du pouvoir par le prolétariat.

Cette thèse d’Engels et de Lénine fut continuellement dénaturée par les opportunistes qui se sont évertués à faire des nationalisations le moyen d’accéder au socialisme sans passer par la révolution. Voilà comment ce courant fut condamné par l’Internationale Communiste en 1921 :

« Revendiquer la socialisation ou la nationalisation des plus importantes branches de l’industrie, comme le font les partis centristes, c’est encore tromper les masses populaires. Les centristes n’ont pas seulement induit les masses en erreur en cherchant à les persuader que la socialisation  peut arracher des mains du capital les principales branches de l’industrie sans que la bourgeoisie soit vaincue, ils cherchent encore à détourner les ouvriers de la lutte vitale pour leurs besoins les plus immédiats, en leur faisant espérer une mainmise progressive sur les diverses industries les unes après les autres, après quoi commencera la construction « systématique » de l’édifice «économique. Ils reviennent ainsi au programme minimum de la social-démocratie, c’est-à-dire à la réforme du capitalisme, qui est aujourd’hui une véritable duperie contre-révolutionnaire.

Si dans ce programme de nationalisation, par exemple de l’industrie du charbon, l’idée lassalienne joue encore un rôle pour fixer toutes les énergies du prolétariat sur une revendication unique, pour en faire un levier d’action révolutionnaire conduisant par son développement à la lutte pour le pouvoir, dans ce cas nous avons affaire à une rêverie de songe-creux : la classe ouvrière souffre aujourd’hui dans tous les Etats capitalistes de fléaux si nombreux et si effroyables qu’il est impossible de combattre toutes ces charges écrasantes et ces coups en poursuivant un objet si subtil tout à fait imaginaire. Il faut au contraire prendre chaque besoin des masses comme point de départ de luttes révolutionnaires qui dans leur ensemble, pourront constituer le courant puissant de la révolution sociale. »

Quitte à être taxé de « prestidigitateurs contemporains qui se prononcent pour le socialisme « sans transition », le  ROCML adhère totalement à  cette position de l’Internationale Communiste. Les « centristes », eux, s’ils se reconnaissent, devraient y réfléchir sérieusement.

 

 

 

 

 

L’EXPERIENCE CONCRETE DES NATIONALISATIONS « DEMOCRATIQUES »

réalisées par des gouvernements à participation« communiste »

 

 

La ligne révisionniste de la possibilité du passage pacifique au socialisme, en niant la nécessité du renversement violent de l’Etat bourgeois comme condition première du développement socialiste de la société, développa dès après la seconde guerre mondiale ( interview de Maurice Thorez au TIMES ) la thèse selon laquelle le développement quantitatif du secteur nationalisé ( capitaliste d’Etat ) accompagné d’une « démocratisation » progressive des pouvoirs économiques et politiques permettrait un passage progressif, sans révolution, au socialisme.

Le programme commun qui fut la base de la participation du PCF au gouvernement de F. Mitterrand en 1981 présentait les nationalisations comme la base d’une rupture avec le capitalisme.

La réalité a montré que les nationalisations passées, réalisées dans le cadre de l’ Etat bourgeois, n’ont contribué en RIEN à rompre avec le capitalisme, ni à faire le moindre petit pas vers cette rupture.

Après la seconde guerre mondiale, elles ont permis à l’Etat de reconstruire l’appareil de production capitaliste en prenant à sa charge, ou plutôt en mettant à la charge du prolétariat les secteurs industriels, énergétiques et des transports que le capital privé ne pouvait développer avec profit dans les circonstances de sortie de la guerre. Que des concessions sociales aient été acquises par le prolétariat en échange de l’acceptation de ce projet, cela ne change rien à la nature du secteur nationalisé à cette époque, ni à ses buts. La bourgeoisie restant aux commandes, ces acquis ont été progressivement dégradés, et il en reste peu un demi-siècle plus tard.

Après 1981, elles ont servi aux restructurations nécessaires face aux  premières conséquences de la crise naissante du système impérialiste. C’est l’Etat dirigé par les « socialistes » avec la participation de ministres « communistes » qui fut chargé de restructurer les entreprises nationalisées avant de les rendre au secteur privé dès qu’elles furent redevenues rentables.

Devant l’évidence qui sautait aux yeux des travailleurs dupés, le PCF révisionniste fit une « autocritique » sur sa participation au gouvernement « d’union de la gauche » qui avait mené cette opération avec leur caution. Aujourd’hui, il semble avoir mis dans un tiroir cette stratégie des nationalisations comme une progression vers le socialisme et enfoui dans les archives la perspective elle-même du socialisme En absence de ligne de rechange, il se contente désormais d’une stratégie d’inflexion démocratique des plans définis par les monopoles face à la crise. Un capitalisme « à visage humain » en quelque sorte.

 

 

LES NATIONALISATIONS DANS LE CONTEXTE ACTUEL

 

Ce mot d’ordre semblait avoir disparu ; Pourtant, depuis quelques mois, devant l’échec des luttes ouvrières contre les fermetures d’entreprises et l’absence de perspective, on a vu ressortir la nationalisation comme une solution au problème de l’emploi,  comme une solution politique à la casse industrielle. Voire comme un mot d’ordre permettant de faire progresser la conscience politique de la classe ouvrière vers la révolution socialiste.

Ce mot d’ordre de nationalisation comme solution au « maintien de l’emploi » est partagé par le leader CFDT d’Arcélor-Mittal de Florange, la plupart des organisations « à la gauche de la gauche », le Front de Gauche, des organisations se réclamant du marxisme léninisme, et même certains « socialistes » comme Arnaud Montebourg qui en a brandi la « menace » pour « faire pression » sur Mittal »…avant d’être lâché par « la droite du Parti »…sous la pression du MEDEF ! Nous comprenons bien les intentions des uns et des autres.

Pour Montebourg, il s’agissait d’illusionner les travailleurs pour mieux les démobiliser. 

Pour les ouvriers et les organisations communistes il s’agit au contraire de définir des objectifs pour mobiliser les travailleurs et les faire sortir de leur impuissance actuelle à faire reculer la bourgeoisie dans ses plans économiques et antisociaux. Nous ne mettons pas en doute leur bonne foi et leur volonté de combattre les politiques du capital.  Mais nous pensons que la bonne foi et la volonté anticapitaliste ne suffisent pas pour définir une ligne juste.

Nous pensons au contraire que la nationalisation n’est pas un objectif juste.

Elle n’est ni efficace dans l’immédiat, ni porteuse d’une possibilité d’avancée politique des travailleurs vers la perspective de la révolution socialiste.

 

Posons la question : Pourquoi, la nationalisation d’une entreprise comme celle de Florange, voire d’Arcélor-Mittal,  voire de toute la sidérurgie et même d’autres secteurs économiques clés, aboutirait-elle à d’autres résultats que ceux des nationalisations antérieures ? Il n’y a aucune raison de le croire.

 

Tous les communistes s’accordent pour dire qu’il s’agirait toujours d’entreprises capitalistes. Donc capitalistes d’Etat. Comme toutes les entreprises nationalisées au vingtième siècle en 1945 et en 1981. Ces entreprises, comme toutes les autres, seraient soumises à l’environnement économique national et international, soumises aux mêmes lois économiques, les lois économiques du capitalisme.

L’une des composantes de la crise qui conduit un monopole comme Arcélor-Mittal à fermer ses hauts fourneaux c’est la baisse de rentabilité du capital investi (baisse du taux de profit ), dans cette branche de la sidérurgie. La seconde, c’est la surproduction mondiale d’acier et la concurrence implacable qui en résulte sur les marchés.  Devenu propriétaire d’Arcélor–Mittal, l’Etat échapperait-il à ces deux réalités ? Va-t-il produire de l’acier alors qu’il y en a trop ? Va-t-il investir à perte (du point de vue du capital) pour produire de l’acier qu’il ne saura pas vendre ?

Et pour « maintenir l’emploi » ? Comment un Etat qui supprime des emplois dans la fonction publique pourrait-il financer le maintien de l’emploi d’ouvriers du privé en prenant la relève des entreprises privées défaillantes ?

Franchement, c’est prendre ses désirs pour la réalité. Et même en supposant qu’il s’agit de la seule possibilité pour résoudre la case de l’économie et de l’emploi, il faudrait un puissant rapport de force favorable à la classe ouvrière, pour faire pression sur un Etat bourgeois, pour le contraindre à tourner le dos aux lois du capital. Cela ne s’est jamais vu, même quand ce rapport de force existait, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Ainsi, toutes les nationalisations se sont faites dans le cadre des besoins du capital et ont fonctionné selon ses lois. Et il ne peut en être autrement. A moins d’oublier (ou de les mettre entre parenthèses tout en les reconnaissant) la nature de classe et la fonction de cet Etat.

Malgré les objections théoriques et malgré les confirmations de l’histoire, des organisations qui se réclament du marxisme-léninisme avancent pourtant ce mot d’ordre de nationalisation. Parmi ces organisations, l’URCF a le mérite d’avoir édité un argumentaire intitulé : Les communistes révolutionnaires et la question de la nationalisation où elle s’efforce de justifier sa mobilisation autour de ce mot d’ordre.

 

C’est pourquoi nous examinerons ce document sans volonté particulière de notre part de viser cette organisation.

 Quels sont ces « arguments » et quelles sont nos critiques (Les extraits du texte de l’URCF  sont en italique. Nos commentaires sont en écriture droite).

 

 Les communistes ne sont pas opposés à toute nationalisation.

 

Pourquoi y serions-nous opposés en effet ? Nous ne défendons pas l’entreprise capitaliste privée ! Nous pensons simplement que l’entreprise nationalisée reste un espace d’exploitation du travail salarié et que les communistes n’ont donc pas à choisir l’une plutôt que l’autre. C’est pourquoi nous nous opposons non aux nationalisations, mais au mot d’ordre de nationalisation avancé par des communistes car il diffuse l’illusion que l’entreprise nationalisée pourrait être autre chose qu’une entreprise capitaliste comme toute autre entreprise capitaliste.

En s’appuyant sur le rejet par l’internationale communiste du mot d’ordre de nationalisation de certains monopoles avec indemnisation avancé par la social-démocratie dans les années 30, l’URCF laisse entendre que l’internationale aurait simplement rejeté l’indemnisation, insinuant ainsi qu’elle aurait préconisé des nationalisations sans indemnisation. De même, cette critique de l’Internationale aurait visé surtout« la voie britannique » de nationalisation qui servait d’alibi au concept de « socialisme démocratique »

C’est réduire le sens et la portée des critiques de l’internationale contre les nationalisations « à l’anglaise ». Nous reviendrons plus loin sur les recommandations de Lénine et de l’Internationale Communiste sur l’usage des mots d’ordre transitoires de nationalisation et de contrôle ouvrier.

Au demeurant, nous ne sommes pas nous non plus dogmatiquement opposés en toute circonstance au mot d’ordre de nationalisation. Ainsi, nous sommes d’accord avec l’URCF pour soutenir la nationalisation des richesses naturelles et des entreprises monopolistes étrangères dans les pays engagés dans un processus de libération nationale et de rupture avec l’impérialisme.

Mais, dans un pays impérialiste et dans les conditions actuelles, c’est différent.

 

 

 La nationalisation Montebourg était une nationalisation bourgeoise.

 

« A Arcélor-Mittal (mais pas encore à PSA), la social-démocratie, par la voix de Montebourg, a annoncé l’idée d’une « nationalisation temporaire d’Arcélor-Mittal dans l’attente d’un repreneur », proposition relayée par des élus régionaux UMP, PS inquiets d’une nouvelle désertification économique de leur région. »

 

Bref, il y aurait pu y avoir une bonne nationalisation. Il aurait fallu pour cela qu’elle ne soit pas temporaire dans l’attente d’une bonne reprise, mais qu’elle soit définitive, sans indemnité et avec contrôle ouvrier

 

« - Finalement le gouvernement social-démocrate a capitulé devant les vociférations de la patronne  du MEDEF… »

L’URCF  affirme paradoxalement qu’il aurait pu y avoir une grosse contradiction entre le MEDEF et Montebourg ? C’est une première erreur, camarades. Ensuite, et c’est la deuxième erreur, vous laissez penser que le gouvernement et Montebourg n’ont « fauté » que par faiblesse ? C’est se tromper sur la nature de classe de la social-démocratie. La social-démocratie ne pêche pas par sa faiblesse mais par son rôle politique de défense des intérêts de la classe bourgeoise. Les gesticulations populistes de l’aile gauche de la social-démocratie ne furent qu’une apparence trompeuse destinée à dissimuler son essence bourgeoise.

Quant aux vociférations de la patronne du MEDEF elles n’ont eu d’autre but que de conforter l’image d’un Montebourg prêt à en découdre avec le patronat ! Bien joué ! On attend le prochain épisode…

 

 

 la nationalisation sans indemnisation et sous contrôle ouvrier serait une nationalisation à contenu prolétarien :

 

« Ce mot d’ordre oppose clairement la classe ouvrière à la bourgeoisie monopoliste et à la différence d’autres comme l’interdiction des licenciements ne se situe pas uniquement dans le cadre des rapports de production capitalistes mais subvertit ces mêmes rapports. Les marxistes léninistes accordent toujours le primat au contenu de classe sur la forme. Le mot d’ordre de nationalisation présente un contenu de classe différent et forcément antagonique selon la classe qui le porte. »

 

Mais qu’est-ce qui permet d’affirmer que la nationalisation est un mot d’ordre revendiqué par la « classe ouvrière » ?  Peut-on identifier un groupe de militants à la classe ?

Et même si c’était le cas, qu’est-ce qui permet d’affirmer que ce mot d’ordre  est forcément juste ? N’a-t-on pas vu ici et là des ouvriers, face aux mêmes réalités, revendiquer la création de scops ? Cela suffit-il à donner aux scops le label « classe ouvrière » ?

Les  idées réformistes n’existeraient-elles  pas chez les travailleurs ?

Est-ce la classe qui le revendique qui donne à un mot d’ordre son contenu de classe, ou la classe qui l’applique, parce qu’elle est la classe dominante et qu’elle dirige l’Etat   ?

Admettons que sous la pression des luttes des entreprises soient nationalisées par expropriation, cela changerait-il leur nature capitaliste si l’Etat est capitaliste ? Les rapports de production capitalistes en seraient-ils subvertis. Et le contrôle ouvrier (sur quoi et par qui ? ) y changerait-il quelque chose ? Ce contrôle ne  s’exercerait-il pas dans le cadre de l’application des lois du capital ?

 

La question de la transition (des voies transitoires ) à la révolution est donc décisive… La nationalisation sans indemnisation et avec contrôle ouvrier est l’un de ces axes transitoires à l’expropriation finale des expropriateurs.

 

Ici, nous ne sommes plus dans le cadre d’une revendication immédiate destinée à répondre au problème des licenciements mais dans celui de la théorie de la révolution.

Et bien que le document de l’URCF insiste toujours, d’un côté, pour dire que « les marxistes révolutionnaires,  tout en gardant comme cap la perspective stratégique de lutte pour le socialisme, (ils) doivent faire la clarté sur la nature de classe des nouvelles entreprises nationalisées, qu’elles ne constitueront pas des îlots de socialisme et relèveront du capitalisme d’Etat puisque l’Etat et les autres entreprises restent aux mains de la classe capitaliste… Cela n’empêche pas de poursuivre de l’autre côté que « Toutefois, ces entreprises nationalisées où les emplois sont sauvés, l’activité productrice relancée, les besoins en partie satisfaits pourront servir d’exemple pour conscientiser l’ensemble du monde du travail sur la compréhension que l’avenir et le salut ne se situent pas dans  un « bon repreneur » ou dans de « bonnes indemnités » mais dans le combat permanent contre la propriété socialiste des moyens de production, par le processus qui en posant en dernière instance et en solutionnant les questions de l’Etat conduira des nationalisations de certaines entreprises à l’exigence de socialisation de l’ensemble de l’économie, liquidant ainsi le capitalisme. »

 

Arrêtons-nous là. Nous sommes en plein dans le «  rêve-creux » lassallien fustigé par le IIIème Congrès de l’Internationale Communiste.

Car enfin, Pourquoi toutes les nationalisations antérieures dites « démocratiques » n’ont-elles pas engendré cette conscientisation de l’ensemble du monde du travail ?

Pourquoi n’ont-elles pas entraîné l’exigence de la socialisation de l’économie, liquidant ainsi le capitalisme ?

L’opportunisme, conscient ou pas, utilise toujours la même rhétorique : On affirme la théorie et l’objectif révolutionnaire (tout en gardant… Puis on prend ses distances au nom de la « situation concrète » ou  de « possibilités nouvelles » (toutefois…) et on finit par une nouvelle théorie  qui contredit la première.

Le mouvement ouvrier communiste marxiste révolutionnaire est habitué à ces prétentions de développement créateur de la théorie marxiste au nom de son adaptation à la réalité. Elles ont toutes abouti à lui tourner le dos.

 

Nous terminerons sur la question de l’Etat

L’URCF assure adhérer bien sûr à la théorie marxiste-léniniste de l’Etat. Elle assure que l’Etat capitaliste doit être remplacé par un Etat ouvrier par la révolution socialiste.

C’est par rapport à cet objectif qu’elle justifie le mot d’ordre de nationalisation.

Examinons donc comment l’URCF articule ces deux questions :

 

« Pour l’URCF, le processus révolutionnaire peut coïncider avec une « guerre de position » de longue durée entre le capital et le travail jusqu’à l’offensive pour renverser le capitalisme.

La nationalisation sans indemnisation et avec contrôle ouvrier indique toute une période historique où les travailleurs imposeront des reculs au capital, gagneront et exerceront de nouveaux droits, contrôleront et dénonceront la gestion capitaliste, période où la conscience de classe devra progresser pour se poser la question de l’Etat et renverser le système d’exploitation. Processus qui débouchera sur une rupture par la révolution socialiste, à la socialisation de tous les monopoles…La bataille continue des travailleurs visera l’élargissement des droits, l’exigence croissante au-delà du contrôle ouvrier de diriger l’entreprise à la place de la haute bureaucratie d’Etat quand cette dernière sera l’instrument pour affaiblir le contenu de la nationalisation et organiser la gestion capitalistique du capital.

Cette lutte permanente inspirée et appuyée par les communistes aura pour objectif de satisfaire toujours plus les besoins vitaux et urgents des travailleurs, de populariser le combat afin d’étendre le champ des nationalisations à d’autres entreprises. »

 

 Si l’on a bien compris, nationalisons d’abord les hauts fourneaux d’Arcélor-Mittal de Florange, puis tout le groupe Arcélor-Mittal, puis toute la sidérurgie, puis ainsi de suite tous les monopoles… Quand la haute bureaucratie d’Etat organisera la gestion capitalistique de l’entreprise nationalisée en dépit du contrôle ouvrier, alors les travailleurs en exigeront la direction.

Et ainsi la voie sera ouverte au renversement du capitalisme. CQFD !

Sauf que la question de l’Etat a été complètement occultée, détournée, rejetée à plus tard, à l’issue d’une guerre de position de longue durée.

Le mouvement communiste international a pourtant largement traité au cours de son histoire du rapport entre les revendications ou les mots d’ordre transitoires et la conquête du pouvoir d’Etat par le prolétariat

La volonté de l’URCF de faire de ces revendications et mots d’ordre des leviers de l’activité révolutionnaire n’est en effet pas nouvelle.

Lénine, il faut le dire, avait lui-même impulsé ce type de revendications et de mots d’ordre entre Février et Octobre 1917 dans les Thèses d’avril et dans La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer.

Rappelons que cette période correspondait à une situation de double pouvoir, que la situation militaire et économique était désastreuse, que le rapport de force entre le gouvernement bourgeois issu de la révolution de février et les soviets était instable, et que les masses étaient en ébullition.

Quels étaient ces mots d’ordre ? : La nationalisation de la terre, la nationalisation des banques, la nationalisation des syndicats capitalistes (trusts), le contrôle ouvrier… à côté des mots d’ordre du pouvoir aux soviets, de la conquête des soviets par les bolcheviks, de l’armement du prolétariat.

 

Dans le livre JOSEPH STALINE, HISTOIRE DE LA REVOLUTION RUSSE, préparé par Maxime Gorki, V. Molotov, K. Vorochilov, Serge Kirov, A. Jdanov et supervisé par Joseph Staline lui-même, un chapitre est consacré à cette question des mots d’ordre à la veille de la révolution prolétarienne.

Voilà comment était exprimé le lien dialectique intrinsèque entre ces mots d’ordre transitoires et la conquête nécessaire du pouvoir par le prolétariat :

« La plateforme économique des bolchéviks traduisait les intérêts et les aspirations de la classe ouvrière et des masses paysannes travailleuses. Les bolchéviks appelaient les prolétaires et les paysans travailleurs à s’emparer immédiatement des terres des propriétaires fonciers, à nationaliser toute la terre, à nationaliser l’industrie trustifiée, à instaurer le contrôle ouvrier sur la production et la répartition.

Chaque paragraphe de la plate-forme économique bolchévik : nationalisation de la terre, contrôle ouvrier ou nationalisation des banques et des trusts, était un mot d’ordre de combat autour duquel les bolchéviks rassemblaient les masses et formaient l’avant-garde politique, sans laquelle la conquête du pouvoir par la classe ouvrière et la paysannerie pauvre était impossible. Chaque revendication de la plate-forme bolchéviks touchait à des questions d’actualité brûlante…

Chaque mot d’ordre, chaque proposition pratique n’était qu’une partie d’une plate-forme générale, d’un schéma complet et  cohérent, dont toute la base, dont toute l’essence tendait à instaurer la dictature du prolétariat.

Les revendications du programme du Parti ne pouvaient être réalisées que sur la base de la dictature du prolétariat, de la suppression du pouvoir des capitalistes et des propriétaires fonciers, sur la base de l’instauration du pouvoir des soviets… (souligné par nous)

Le sixième congrès du Parti Bolchévik a indiqué nettement que ce n’était qu’à la suite d’une révolution, de la liquidation de la dictature de la bourgeoisie, quand le pouvoir serait passé au prolétariat, aux soviets bolchéviks, que la situation économique pouvait commencer à s’améliorer. »

 

Sur le contrôle ouvrier :

« De même que les autres mots d’ordre de la plate-forme économique, le « contrôle ouvrier » était un mot d’ordre de lutte pour le pouvoir. Les bolchéviks ne le concevaient nullement en dehors du mot d’ordre fondamental : la dictature du prolétariat. »

 

Enfin sur la nationalisation des banques et de l’industrie trustifiée :

« Seul l’Etat de la dictature prolétarienne pouvait réaliser la nationalisation. La nationalisation des banques et des entreprises sapait les fondements du capital. D’autre part,le passage aux mains de la dictature du prolétariat des entreprises bancaires,des plus grandes entreprises industrielles et des  transports, créait la base qui allait permettre de passer à l’économie socialiste réglée par un plan. »

 

Il est clair que pour Lénine et le Parti Bolchévik, Les mots d’ordre transitoires étaient le moyen de mener immédiatement les masses à la révolution et que la réalisation de ces mots d’ordre était conditionnée par la victoire de la révolution et l’instauration de la dictature du prolétariat.

 

Les Congrès de l’internationale communiste, confrontés à des interprétations réformistes des mots d’ordre bolchéviks insistèrent constamment sur les conditions d’utilisation de ces mots d’ordre. Ainsi le projet de programme du VIème congrès précise clairement cette condition :

« Lorsqu’une poussée révolutionnaire a lieu(souligné par nous), lorsque les classes dirigeantes sont désorganisées, les masses en état d’effervescence, les couches sociales intermédiaires disposées dans leurs hésitations à se joindre au prolétariat, lorsque les masses sont prêtes au combat et aux sacrifices, le parti du prolétariat  a pour but de les mener directement à l’assaut de l’Etat bourgeois. Il le fait avec des mots d’ordre transitoires de plus en plus accentués (soviets, contrôle ouvrier de la production, comités paysans pour l’expropriation de la grande propriété foncière, désarmement de la bourgeoisie, armement du prolétariat, etc.).

(…) Quand la poussée révolutionnaire fait défaut, les Partis communistes s’inspirant des besoins quotidiens des travailleurs doivent formuler des mots d’ordre et des revendications partielles en les rattachant aux objectifs fondamentaux de l’Internationale communiste. Ils se garderont cependant de donner des mots d’ordre transitoires spécialement appropriés à une situation révolutionnaire et qui, en l’absence de celle-ci, se transforment en des mots d’ordre d’intégration au système des organisations capitalistes (exemple : le contrôle ouvrier, etc. ). Les mots d’ordre et les revendications partielles conditionnent absolument, de façon générale une bonne tactique. Les mots d’ordre transitoires sont inséparables d’une situation révolutionnaire.

 

Est-il  utile de préciser dans quelle situation nous nous trouvons aujourd’hui ?

 

CONCLUSION

 

En faisant du mot d’ordre de nationalisation et de la réalisation de ce mot d’ordre sous le pouvoir bourgeois, une étape transitoire entre le capitalisme monopoliste et le socialisme, l’URCF commet une faute théorique.

Même accompagné de phrases révolutionnaires, ce mot d’ordre transitoire reste un mot d’ordre réformiste dès lors que la poussée révolutionnaire fait défaut et dès lors qu’il n’est pas associé à la nécessité de la dictature du prolétariat pour le mettre en œuvre. Il propage l’illusion que l’Etat bourgeois pourrait prendre le parti du travail contre celui du capital. Il n’est ni plus ni moins qu’ « un rêve-creux ».

 

Février 2013 - ROCML

Extrait de l’Anti-Dühring, ENGELS, chapitre deuxième, QUESTIONS THEORIQUES, 1876, 77, 78.

 

URCF, PCOF, PRCF, CC 59/62 et nombre de groupes oppositionnels à l’intérieur ou à l’extérieur  du PCF.

 

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Published by La Jeunesse Marxiste de Pau - dans ROC ML
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